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Département de la santé des forêts décembre 2006

APPARITIONS D’HÔTES INDÉSIRABLES EN 2005

Fabien Caroulle, DSF échelon central

Au cours de l’année 2005, plusieurs organismes potentiellement dangereux pour la forêt ont été

signalés pour la première fois en France. Ils proviennent de pays européens voisins, où ils se sont

installés durablement en causant d’importants dégâts aux arbres : la menace qu’ils représentent

n’est donc pas à prendre à la légère. Outre leur apparition simultanée en France en 2005, leurs

natures sont très diverses. On compte en effet :

un insecte hyménoptère : le cynips du châtaignier (Dryocosmus kuriphilus Yasumatsu),

qui a été localisé à Saint Dalmas Valdeblore dans les Alpes maritimes ;

Signalement de cynips du châtaignier L’Italie, et en particulier la région du Piémont, est le lieu où le cynips du châtaignier, originaire de Chine, a été introduit pour la première fois en Europe, en 2002. Les capacités de reproduction et de dissémination de l’insecte, ainsi que des mouvements de matériel contaminé, ont permis une extension rapide de l’aire de répartition du cynips du châtaignier dans le nord de ce pays. D’ailleurs, la plantation des Alpes Maritimes où ont été trouvées les galles caractéristiques du cynips avait été réalisée à l’automne 2004 sur une parcelle de 4 000 m2 à partir de 18 plants de châtaignier provenant du Piémont italien, juste avant l'interdiction d'introduction de matériel de châtaignier en provenance d'Italie (d’après l’arrêté du 16 février 2005). En mai 2005, le propriétaire avait trouvé deux galles contenant des larves d’insectes. Il les avait détruites et en avait prévenu la profession, qui avait fait remonter l’information jusqu’au Service Régional de la Protection des Végétaux (SRPV) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Deux visites du SRPV ont ensuite été effectuées au début du mois de juillet pour déterminer les symptômes de présence de l’insecte dans la plantation aux alentours : seules trois galles passées inaperçues jusqu’alors ont été découvertes à la deuxième visite de la plantation. Celles-ci contenaient encore les insectes : ils n’ont donc pas pu essaimer. L’environnement immédiat a été inspecté, et aucune autre galle n’a été détectée. Pour plus de sécurité, les plants italiens ont été détruits en accord avec le propriétaire, certaines galles de taille très petite (jusqu’à cinq millimètres de diamètre) pouvant passer inaperçues.

BILAN DE LA SANTÉ DES FORÊTS EN 2005

Un des cynips trouvés dans les galles des Alpes Maritimes Photo : LNPV d’entomologie

Par la suite, le plan de surveillance organisé autour des nouvelles plantations de châtaigniers n’a

ppas permis, en 2005 et en 2006, de localiser de nouvelles introductions de l’insecte. Cependant, la

progression de son aire de répartition le long des vallées alpines italiennes fait craindre une dissémination en France par voie naturelle dans les prochaines années. Le cynips du châtaignier n’est pas inscrit à l’annexe de la directive communautaire 2000/29/CE, qui définit le cadre juridique selon lequel sont traités les organismes de quarantaine dans l’Union européenne. Néanmoins, les mouvements des végétaux susceptibles de le disséminer à longue distance, l’établissement de plans de surveillance, de zones délimitées, etc. sont définis par la décision de la Commission européenne du 27 juin 2006.

Le cynips du châtaignier

Originaire de Chine, le cynips (ou chalcide) du châtaignier a été introduit au Japon, en Corée, dans le sud-est des Etats-Unis, puis en Italie en 2002. Cet insecte se développe uniquement sur châtaignier. Les larves passent l’hiver dans les bourgeons et provoquent la formation de galles au printemps. Elles s’y nourrissent pendant 3 à 4 semaines, atteignent une longueur de 2 à 3 mm, puis entrent en nymphose. Les adultes émergent entre fin-mai et fin-juillet et la ponte commence immédiatement. Les oeufs sont insérés à l’intérieur des bourgeons, puis les larves éclosent au bout de 4 à 6 semaines. Celles-ci ne peuvent être détectées qu’au printemps, au moment où les galles se forment sur les jeunes rameaux, le pétiole voire la nervure centrale des feuilles. Les galles sont la caractéristique du cynips du châtaignier : aucun autre insecte ne semble faire de galle sur cette essence. Cet insecte a la particularité de se reproduire par parthénogenèse thélytoque (tous les individus sont des femelles).

Les attaques du cynips provoquent une diminution de la croissance des rameaux et une baisse de la fructification (jusqu’à une perte de rendement de 50 à 70% dans la châtaigneraie à fruits). En cas d’introduction dans une nouvelle zone, l’éradication paraît difficile, à moins d’une détection très précoce. Au Japon, plusieurs séries de variétés de châtaigniers résistants ont été mises au point successivement, l’insecte ayant réussi à contourner la résistance des premières. Le châtaignier européen (Castanea sativa) est sensible. Dans la zone d’origine du cynips en Chine, les populations sont fortement régulées par un large cortège de parasitoïdes. Certains d’entre eux (Torymus spp.) sont utilisés au Japon dans le cadre d’une lutte biologique et représentent actuellement les espoirs de lutte en Italie.

En conclusion

Dans un contexte d’intensification constante des mouvements internationaux des biens et des personnes,

ces trois cas d’introduction d’espèces invasives montrent la nécessité de garder un niveau

de vigilance élevé sur l’ensemble du territoire, afin de détecter et de contenir le plus précocement

possible les foyers de contamination. L’expérience en France et à l’étranger a en effet montré que

la rapidité de mise en oeuvre est la clé de la réussite des opérations d’éradication d’un organisme

invasif.

Concernant ces trois organismes, si les foyers sont contenus, l’alerte reste toujours maintenue.